CRÉDITS AUX ENTREPRISES ET À L’INVESTISSEMENT

Les banques de moins en moins prêteuses

L’État est appelé à apporter sa garantie aux banques pour l’octroi de crédits d’exploitation afin de soulager

la trésorerie des entreprises impactées par la crise sanitaire.

Le ministre des Finances a donné, tout récemment, une estimation des réalisations des banques publiques, indiquant qu’à fin 2020, le volume global des crédits bancaires a atteint 9 500 milliards de dinars, soit une baisse de près 12% par rapport à l’année 2019, dont 75% ont été octroyés au financement de l’investissement. 

En février dernier, la Banque d’Algérie annonçait, au contraire, que les crédits à l’économie affichent une croissance de 3,05% en 2020, contre 8,84% en 2019. Selon la Banque d’Algérie, l’encours des crédits à l’économie est passé de 10 857,8 milliards de dinars à fin 2019 à 11 188,6 milliards de dinars à fin 2020. Aussi, les crédits accordés en 2020 par les banques aux entreprises publiques, aux entreprises privées et aux ménages ont augmenté respectivement de 2,57%, 3,45% et 4,15%.  

Parallèlement, par secteurs juridiques, les crédits accordés au secteur public représentent 51,67% du total des crédits accordés en 2020 et les crédits octroyés au secteur privé représentent 48,32% dont 8,20% sont accordés aux ménages. Au-delà de cet écart entre les évaluations de deux institutions censées travailler en étroite collaboration, les moyens d’intervention des banques sont aujourd’hui de plus en plus limités.

Le montant des prêts non performants et des provisions est déjà à des niveaux élevés. Il y a également la contrainte de liquidité. Dans sa dernière note sur l’évolution des situations monétaire et prudentielle à fin 2020, la Banque d’Algérie relevait que la liquidité globale des banques a baissé au cours des neuf premiers mois de 2020, passant de 1 100,8 milliards de dinars à fin 2019 à 461,8 milliards de dinars à fin septembre 2020, corrélativement au déficit courant de la balance des paiements et aux impacts économiques de la pandémie de Covid-19.

Cette liquidité a commencé à s’améliorer au cours du dernier trimestre de 2020, sous l’effet des mesures de politiques monétaires décidées par la Banque d’Algérie en matière de baisse du taux des réserves obligatoires, de l’augmentations des seuils de refinancement des titres publics négociables, de l’allongement de la durée du refinancement de 7 jours à un mois et de la satisfaction totale des demandes de refinancement des banques. Ainsi, la liquidité bancaire a atteint 632,3 milliards de dinars à fin 2020. Certes, des mesures de sauvegarde des entreprises ont été prises. 

Le gouvernement a récemment examiné un projet de décret exécutif modifiant et complétant le décret exécutif n°20-239 du 31 août 2020 fixant les modalités de maintien, à titre exceptionnel, par le Trésor public de la bonification du taux d’intérêt des crédits accordés par les banques et établissements financiers en faveur des entreprises et des particuliers en difficulté à cause de la pandémie de coronavirus.

Le décret prévoit le maintien à titre exceptionnel de la bonification jusqu’au 30 juin 2021 en vue de venir en aide aux entreprises et aux particuliers ayant subi les conséquences de la pandémie du Covid-19, sachant que la disposition prise par le gouvernement avait pris effet depuis le 1er mars 2020. La Banque d’Algérie a également reconduit, jusqu’au 30 juin prochain, les mesures d’allégement de certaines dispositions prudentielles applicables aux banques et aux établissements financiers. 

Elle dispense, entre autres, les banques et les établissements financiers de l’obligation de constitution d’un coussin de sécurité. Elle autorise également les banques et les établissements financiers à reporter le paiement des tranches de crédits arrivant à échéance, ou à procéder au rééchelonnement des créances de leur clientèle ayant été impactée par la conjoncture induite par le Covid-19. Mais ces mesures ne traitent que de la dette existante, alors que les entreprises souffrent de problèmes de trésorerie.

Certains opérateurs signalent des difficultés pour obtenir des crédits d’exploitation. L’État pourrait, selon ces opérateurs, apporter sa garantie aux banques pour l’octroi de crédits d’exploitation et soulager la trésorerie des entreprises impactées par la crise sanitaire.
 

Meziane RABHI

Source : https://www.liberte-algerie.com/economie/les-banques-de-moins-en-moins-preteuses-358297

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